Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/179

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
177
MORT DE CHARLOTTE CORDAY

Conciergerie, elle y écrivit le soir une longue lettre à Barbaroux, lettre évidemment calculée pour montrer par son enjouement (qui attriste et qui fait mal), une parfaite tranquillité d’âme. Dans cette lettre qui ne pouvait manquer d’être lue, répandue dans Paris le lendemain, et qui, malgré sa forme familière, a la portée d’un manifeste, elle fait croire que les volontaires de Caen étaient ardents et nombreux. Elle ignorait encore la déroute de Vernon.

Ce qui semblerait indiquer qu’elle était moins calme qu’elle n’affectait de l’être, c’est que par quatre fois elle revient sur ce qui motive et excuse son acte : la paix, le désir de la paix. La lettre est datée : Du second jour de la préparation de la paix. Et elle dit vers le milieu : « Puisse la paix s’établir aussitôt que je le désire !… Je jouis de la paix depuis deux jours. Le bonheur de mon pays fait le mien. »

Elle écrivit à son père pour lui demander pardon d’avoir disposé de sa vie, elle lui cita ce vers :

Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud.

Elle avait écrit aussi à un jeune député, neveu de l’abbesse de Caen, Doulcet de Pontécoulant, un Girondin prudent qui, dit Charlotte Corday, siégeait sur la Montagne. Elle le prenait pour défenseur. Doulcet ne couchait pas chez lui, et la lettre ne le trouva pas.

Si j’en crois une note précieuse, transmise par la famille du peintre qui la peignit en prison, elle avait