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XX

LA PREMIÈRE FEMME DE DANTON (92-93)


La collection du colonel Maurin, malheureusement vendue et dispersée aujourd’hui, contenait, entre autres choses précieuses, un fort beau plâtre de la première femme de Danton, tiré, je crois, sur le mort. Le caractère en était la bonté, le calme et la force. On ne s’étonnait nullement qu’elle eût exercé beaucoup d’empire sur le cœur de son mari, et laissé tant de regrets.

Comment en eût-il été autrement ? celle-ci fut la femme de sa jeunesse et de sa pauvreté, de son premier temps obscur. Danton, alors avocat au conseil, avocat sans causes, ne possédant guère que des dettes, était nourri par son beau-père, le limonadier du coin du Pont-Neuf, qui, dit-on, leur donnait quelques louis par mois. Il vivait royalement sur le pavé de Paris, sans souci ni inquiétude, gagnant peu, ne désirant rien. Quand les vivres manquaient absolument au ménage, on s’en allait pour quelque temps