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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

Arrivés chez elle, je vis que chacun s’armait. Camille, mon cher Camille, arriva avec un fusil. Ô Dieu ! je m’enfonçai dans l’alcôve ; je me cachai avec mes deux mains, et je me mis à pleurer. Cependant, ne voulant pas montrer tant de faiblesse et dire tout haut à Camille que je ne voulais pas qu’il se mêlât dans tout cela, je guettai le moment où je pouvais lui parler sans être entendue, et lui dis toutes mes craintes. Il me rassura en me disant qu’il ne quitterait pas Danton. J’ai su depuis qu’il s’était exposé. Fréron avait l’air déterminé à périr. « Je suis las de la vie, disait-il, je ne cherche qu’à mourir. » Chaque patrouille qui venait, je croyais les voir pour la dernière fois. J’allai me fourrer dans le salon, qui était sans lumière, pour ne pas voir tous ces apprêts. Nos patriotes partirent ; je fus m’asseoir près d’un lit, accablée, anéantie, m’assoupissant parfois ; et, lorsque je voulais parler, je déraisonnais. Danton vint se coucher, il n’avait pas l’air fort empressé, il ne sortit presque point. Minuit approchait, on vint le chercher plusieurs fois ; enfin il partit pour la Commune. Le tocsin des Cordeliers sonna ; il sonna longtemps. Seule, baignée de larmes, à genoux sur la fenêtre, cachée dans mon mouchoir, j’écoutais le son de cette fatale cloche. Danton revint. On vint plusieurs fois nous donner de bonnes et de mauvaises nouvelles ; je crus m’apercevoir que leur projet était d’aller aux Tuileries ; je le leur dis en sanglotant. Je crus que j’allais m’évanouir. Mme Robert demandait son mari à tout le monde. « S’il périt, me dit-elle, je, ne lui survivrai pas. Mais ce Danton, lui, ce point de ralliement ! si mon mari périt, je suis femme à