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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

d’une voix aigre « À mort ! à la guillotine ! » Elles reprirent ce jour-là hardiment les grandes toilettes, et, le soir, elles soupèrent. Personne ne se contraignait plus.

De Sade sortit de prison le 10 thermidor.

Quand le funèbre cortège arriva à l’Assomption, devant la maison Duplay, les actrices donnèrent une scène. Des furies dansaient en rond. Un enfant était là à point, avec un seau de sang de bœuf ; d’un balai, il jeta des gouttes contre la maison. Robespierre ferma les yeux.

Le soir, ces mêmes bacchantes coururent à Sainte-Pélagie, où était la mère Duplay, criant qu’elles étaient les veuves des victimes de Robespierre. Elles se firent ouvrir les portes par les geôliers effrayés, étranglèrent la vieille femme et la pendirent à la tringle de ses rideaux.

Paris redevint très gai. Il y eut famine, il est vrai. Dans tout l’Ouest et le Midi, on assassinait librement. Le Palais-Royal regorgeait de joueurs et de filles, et les dames, demi-nues, faisaient honte aux filles publiques. Puis, ouvrirent ces bals des victimes, où la luxure impudente roulait dans l’orgie son faux deuil.

L’homme sensible, en gémissant, spéculait sur l’assignat et les biens nationaux. La bande noire pleurait à chaudes larmes les parents qu’elle n’eut jamais. Les marquises et les comtesses, les actrices royalistes, rentrant hardiment en France, sortant de prison ou de leurs cachettes, travaillaient, sans s’épargner, à royaliser la Terreur ; elles enlaçaient les terroristes, fascinaient les thermidoriens, leur poussaient la