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LA TOUR D’AUVERGNE

même. Il arrivait à la vieillesse, il allait emporter au tombeau ses passions tout entières. On ne lui connut qu’un amour, la France. Mais alors, que devenait-elle ?

Toute la gloire des batailles pouvait-elle consoler ceux qui, témoins de la grande aurore, avaient vu la prise de la Bastille, les fédérations de 90, le départ de 92, les peuples venant à la rencontre de nos armées fraternelles !… Une génération nouvelle arrivait qui se souvenait peu de tout cela ; des hommes d’impatiente ambition, qui voulaient la guerre pour la guerre, qui, loin de se rappeler les leçons de l’égalité, ne rêvaient que distinctions. Déjà on ne parlait plus que de titres honorifiques, on en inventait de nouveaux, on recherchait les anciens. Les pauvretés monarchiques revenaient avant la monarchie même.

S’il y avait encore souvent des mœurs et des idées de la République, c’était à l’armée du Rhin.

La Tour d’Auvergne alla y mourir.

« Le gouvernement me comble, écrit-il ; il croit que je vaux encore un coup de fusil ; il m’a jeté le gant ; en bon Breton, je l’ai relevé, je pars. À cinquante-sept ans, la mort la plus désirable est celle d’un soldat sur le champ de bataille, et j’espère l’obtenir… L’armée est ma famille, et c’est au sein de ma famille que je vais mourir. Toujours en paix avec ma conscience, j’ai joui du seul bonheur que l’on puisse goûter en ce monde. Rappelez-vous La Tour d’Auvergne, cher camarade, rappelez-vous sa tendre amitié ! »

Il lègue à l’ami auquel il écrit ainsi la tasse dans