Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/344

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
342
LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

cette vie sobre et pure. Ses maîtres, les oratoriens (au collège d’Effiat) contribuèrent sans doute aussi à continuer en lui ces dispositions d’une nature modérée et modeste.

Il n’aima qu’une fois, et il étouffa son amour, pour ne pas déplaire à sa mère..

Nul doute que, si la Révolution n’était venue, Desaix serait resté ce qu’il était, un officier obscur. Il était entré sous-lieutenant à quinze ans, en 1783, au régiment de Bretagne. L’Auvergnat comme le Breton, Desaix comme La Tour d’Auvergne, serait resté là sans rien demander et n’aspirant qu’à n’être rien.

Sous cette surface infiniment modeste, il y avait pourtant (nul ne l’eût deviné) un homme ferme, d’idées très arrêtées, et ne cédant jamais sur ce qu’il croyait juste.

La Révolution vient. Au grand étonnement des siens, qui lui auraient voulu plus d’ambition militaire, Desaix demande et obtient une place dans l’administration, celle de commissaire des guerres.

Il avait compris parfaitement que, dans la désorganisation universelle, dans les dangers qui menaçaient la France, le poste du citoyen était là où l’on pouvait aider efficacement à rétablir l’ordre et à réformer l’armée.

Il avait, sans difficulté, prêté serment à la Constitution. Il le tint ce serment, et refusa obstinément d’imiter ses deux frères, qui avaient émigré. Les plus violents reproches de sa famille n’ébranlèrent point sa résolution. Encore moins les insultes. Il reçut stoïquement l’envoi d’une quenouille qui lui vint de Coblentz.