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DESAIX

Haute-Égypte, et serra de près Mourad bey. La grande affaire était d’empêcher ce général des mamelucks de fortifier indéfiniment ses troupes par les secours des Bédouins du désert. Desaix sur les uns et les autres frappa un coup si ferme, que ces tribus, effrayées, ne mirent plus le pied en Égypte.

Le voilà donc vainqueur, qui organise le pays, amasse des subsistances pour lui, pour l’armée du Caire. Par deux fois, Mourad revient avec une infatigable fureur, et jette cinquante mille hommes sur le petit camp de Desaix. Celui-ci le poursuit à mort par les déserts, jusqu’à ce qu’il aille se cacher aux affreuses contrées des Barabras.

Il avait vaincu l’homme et le climat, les Barbares et le soleil. Les tribus vinrent une à une lui rendre hommage, se fiant à son équité, et l’appelant Sultan juste. Ce dernier point était grave. Ce n’eût été rien que de vaincre, si l’Orient n’eût reconnu la justice de l’Occident, accepté sa juridiction.

Tout homme de sens avait prévu l’issue de la campagne d’Égypte. Une armée non secourue, qui allait diminuant toujours, même par ses victoires, devait ou finir d’elle-même, ou capituler. Kléber voulait le sauver à la France, ce reste admirable de l’armée d’Égypte, qui avait été l’armée d’Italie. Il essaya de traiter. Desaix eût mieux aimé périr. Il n’en conclut pas moins, par ordre de Kléber, cette transaction, bientôt violée par les Anglais, qui le forcèrent encore de vaincre à Héliopolis.

Chargé de porter le traité en Europe, Desaix fut arrêté en mer, et prisonnier un mois des Anglais.

Relâché enfin, il aborde, le 19 mai, à Toulon.