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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

On le comprit, on lui jeta son manteau sur la tête. Mais on ne parvint pas à cacher sa mort. La 9e en fut furieuse de douleur et de désespoir, et, se précipitant sur la masse des Autrichiens, elle gagna dans cette terrible lutte le surnom d’Incomparable, qui lui a été conservé jusqu’à la fin de nos guerres.

Desaix ne fut retrouvé qu’avec peine au milieu des morts. On le reconnut surtout à son abondante chevelure noire.

La bataille, décidée par lui, donna la paix au monde, l’empire au Premier Consul.

Bonaparte était dés lors si sûr de l’empire que, sur le champ de bataille même, regrettant la mort de Desaix, il dit ce mot impérial « Je l’aurais fait prince. »

On a prétendu, avec bien peu de vraisemblance, que Desaix, frappé au cœur d’un coup mortel, au fort de la mêlée, au bruit de l’artillerie, aurait pu dire et faire entendre cette longue phrase : « Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le regret de n’avoir pas fait assez pour vivre dans la postérité. » Desaix vivant ne fit jamais de phrases ; en a-t-il fait une à sa mort ?

Quoi qu’il en soit, cette parole sera à jamais démentie, il a fait assez. Il vivra.

Il vit, non dans les monuments qui lui furent élevés, à Paris, aux Alpes, à Strasbourg, non dans les vains récits, dans la chronique oublieuse et menteuse, mais au fond du cœur de la France ou dans la reconnaissance muette, dans le culte secret des hommes de sacrifice et de devoir.