Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/370

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
368
LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

ainsi : « Je ne demande ni place ni grade, mais l’honneur de mettre le premier le pied sur la terre de ces brigands politiques. »

Robespierre, après avoir lu, dit à Carnot : « Voilà un homme infiniment dangereux. »

La défiance de Robespierre n’était pas, il faut le dire, trop déraisonnable. Robespierre, Saint-Just, en amants jaloux de la République, avaient le pressentiment qu’elle périrait par les généraux. Or, de tous, et sans excepter Bonaparte qui vint plus tard, Hoche semblait le plus à craindre. Il l’était par une chose que lui seul eut à ce degré : la chose dangereuse dans les cités libres : il était aimé.

Un vieux et vénérable général, très savant des choses et des hommes de ce temps déjà reculé, et qui a gardé son bon sens dans l’infatuation universelle, le général Koch, me dit un jour un mot qui me frappa fort : « Mais enfin, demandai-je, qui l’eût emporté des deux rivaux, Hoche et Bonaparte ? » Il me répondit ces propres paroles : « Contre ce terrible calculateur, Hoche aurait eu une chance il était aimé[1] »

Pourquoi l’était-il ? Lui-même en dit la principale cause : il aimait. C’était sa maxime, qu’il répétait à chaque instant : « Pour être aimé, il faut aimer. » Il n’aimait pas seulement ses égaux, mais, ce qui est rare, ses chefs.

Il fut aimé fanatiquement de tous ceux qui l’entourèrent. Les sombres et défiants proconsuls envoyés aux armées de Rhin-et-Moselle purent craindre

  1. Il ajoutait : « À la longue cependant l’homme de calcul l’eût emporté. »