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HOCHE

quatre fois à sa vie. À la première, il envoya vingt-cinq louis à la veuve de l’assassin ; une autre fois, il se chargea de nourrir les enfants de son meurtrier.

Cela était si imprévu, si surprenant, que personne n’y crut. Quand, par sa conduite, il se montrait si vraiment bon et humain, on le jugea faible et crédule. Il se refusait les moyens irritants dont on avait tant abusé, les visites domiciliaires, par exemple : la bonne société, les belles dames caressantes, feignant d’admirer sa grandeur d’âme, l’invoquaient en faveur de ces « pauvres chouans ».

Tandis qu’on essaye ainsi de l’aveugler, on répand dans l’Ouest la fable que la République est partout vaincue, que le Bourbon d’Espagne vient de faire son entrée à Paris. Les chouans hardiment se montrent au théâtre de Nantes dans leur costume ; l’officier est en habit vert ; tous ont des colliers verts et noirs, de belles écharpes blanches, chargées de brillants pistolets.

Pendant qu’ils paradent, un personnage fort louche, M. de Puisaye, passe de Bretagne à Londres, avec les pouvoirs de quelques chefs douteux. Il va droit à Pitt. Ce ministre n’avait jamais vu un si mauvais Français, si bien fait pour vendre la France. Nos émigrés, absurdes, inconséquents, légers, faisaient des réserves, parfois se souvenaient de la patrie. Puisaye, du premier coup, dit « qu’il était Anglais » (en effet il avait quelques parents anglais). Il surprit Pitt en affirmant que la Bretagne ne voulait plus des émigrés étourdis et brouillons, qu’elle voulait des Anglais. Des anglais déguisés ? Non pas, des Anglais avoués, en uniforme, en habit rouge ! Elle