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HOCHE

général et les représentants, était de leur persuader que la terrible orgie de sang qui avait saisi le pays (le chouan, la poche garnie, n’avait plus de travail que de se promener en égorgeant, pillant les patriotes), que ces assassinats n’étaient pas politiques, étaient de simples actes de voleurs, de brigands.

Les chouans avaient, cependant, leurs tigres et leurs renards : le tigre Cadoudal, le renard Cormatin. Ce dernier regardait vers Londres, rusé et patient, mystifiait les républicains, se moquait d’eux.

Hoche, dans son désir d’arrêter l’effusion du sang, ne refusa pas de voir Cormatin, qui menait toute l’intrigue. Ce chef se donna pour humain et sage, tout à fait ami de la paix. Hoche, suivant son grand cœur, lui parla comme à un homme sincère, rappela ses propres malheurs et s’étendit sur le besoin de sauver le pauvre peuple. Il répéta ce qu’il avait dit dans une lettre « Qu’ils viennent, qu’ils viennent, je suis prêt à les embrasser. »

« Je suis Français, dit Cormatin, et comme tel je me suis réjoui de vos victoires du Rhin, des Pyrénées. Je sais bien, hélas ! que mon parti, formé par le désespoir, n’a rien à attendre du dehors. » Hoche, charmé de le voir dans de bonnes pensées, lui rappela la conduite de l’Angleterre dans la Vendée, et crut l’avoir convaincu que les Vendéens et les émigrés avaient été joués par la coalition.

Mais Hoche n’était pas de ceux qu’on trompe longtemps. Un jour, il traversait un bois avec Cormatin ; celui-ci, averti par un de ses hommes, dit d’un air mystérieux : « Il y a là des gens… je vais