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LES FEMMES DU 6 OCTOBRE (89)

alors autour de lui, le priaient d’en donner copie ; d’autres disaient : « Mais, monsieur le président, cela sera-t-il bien avantageux ? cela fera-t-il avoir du pain aux pauvres gens de Paris ? » — D’autres : « Nous avons bien faim. Nous n’avons pas mangé aujourd’hui. » Mounier dit qu’on allât chercher du pain chez les boulangers. De tous les côtés, les vivres vinrent. Ils se mirent à manger dans la salle avec grand bruit.

Les femmes, tout en mangeant, causaient avec Mounier « Mais, cher président, pourquoi donc avez-vous défendu ce vilain veto ?… Prenez bien garde à la lanterne ! » Mounier leur répondit avec fermeté qu’elles n’étaient pas en état de juger, qu’on les trompait, que, pour lui, il aimait mieux exposer sa vie que trahir sa conscience. Cette réponse leur plut fort ; dès lors, elles lui témoignèrent beaucoup de respect et d’amitié.

Mirabeau seul eût pu se faire entendre, couvrir le tumulte. Il ne s’en souciait pas. Certainement il était inquiet. Le soir, au dire de plusieurs témoins, il s’était promené parmi le peuple avec un grand sabre, disant à ceux qu’il rencontrait : « Mes enfants, nous sommes pour vous. » Puis, il s’était allé coucher. Dumont le Genevois alla le chercher, le ramena à l’Assemblée. Dès qu’il arriva, il dit de sa voix tonnante : « Je voudrais bien savoir comment on se donne les airs de venir troubler nos séances… Monsieur le président, faites respecter l’Assemblée ! » Les femmes crièrent bravo ! Il y eut un peu de calme. Pour passer le temps, on reprit la discussion des lois criminelles.