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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

J’étais dans une galerie (dit Dumont), où une poissarde agissait avec une autorité supérieure ; et dirigeait une centaine de femmes, de jeunes filles surtout, qui, à son signal, criaient, se taisaient. Elle appelait familièrement des députés par leur nom, ou bien demandait « Qui est-ce qui parle là-bas ? Faites taire ce bavard ! il ne s’agit pas de ça ! il s’agit d’avoir du pain ! Qu’on fasse plutôt parler notre petite mère Mirabeau… » Et toutes les autres criaient : « Notre petite mère Mirabeau ! » Mais il ne voulait point parler.

M. de La Fayette, parti de Paris entre cinq et six heures, n’arrivera qu’à minuit passé. Il faut que nous remontions plus haut, et que nous le suivions de midi jusqu’à minuit.

Vers onze heures, averti de l’invasion de l’Hôtel de Ville, il s’y rendit, trouva la foule écoulée, et se mit à dicter une dépêche pour le roi. La garde nationale, soldée et non soldée, remplissait la Grève ; de rang en rang on disait qu’il fallait aller à Versailles. La Fayette eut beau faire et dire, il fut entraîné.

Le château attendait dans la plus grande anxiété. On pensait que La Fayette faisait semblant d’être forcé, mais qu’il profiterait de la circonstance. On voulut voir encore à onze heures si, la foule étant dissipée, les voitures passeraient par la grille du Dragon. La garde nationale de Versailles veillait, et fermait le passage.

La reine, au reste, ne voulait point partir seule. Elle jugeait avec raison qu’il n’y avait nulle part de sûreté pour elle si elle se séparait du roi. Deux cents gentilshommes environ, dont plusieurs étaient