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LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

« Aimons-nous ! unissons-nous… Serrons-nous en bataillons ! Soyons prêts à la mort ! » etc.

Cet enfant de dix-huit ans, mort à vingt, au siège de Rome, a, pendant deux ans, chanté, combattu d’un bout à l’autre de l’Italie, ravi d’avoir une patrie, de trouver tant de camarades, de frères qu’il n’avait pas connus !

Il va, et, sur toutes les routes, il embrasse l’Italie dans chaque Italien. Je le rencontre partout. Il chante pour Milan ; il pleure, mendie pour Venise ; il combat pour Rome, plein de larmes et plein de joie, plein de rêverie, de songe, d’amour, parfois de regret de la vie. Mais, si l’on se bat, il est gai. J’entends par-dessus les batailles sa voix d’alouette matinale qui s’envole et qui monte au ciel.

En tout, il a vécu deux ans, de septembre 47 à juillet 49. Il a passé, chanteur rapide, comme un léger souffle dans l’air, parmi les vents de la tempête. Mais la tempête bruyante, le tumulte du combat, la foudre du canon même, n’ont pas empêché d’entendre la jeune et perçante voix de cet héroïque enfant, qui, de la joie de son âge, de sa sérénité et de son sourire, illumina, aux plus sinistres moments, le front sombre de l’Italie.

Enfant, chantre, héros d’un jour, comment définirai-je cette jeune apparition ?

Si je lui cherchais un symbole, je le verrais volontiers dans une petite fleur sanglante, née du sang des Bandiera.

Lorsque les deux frères martyrs trouvèrent la mort à Cozenza, en 1844, Mameli avait quinze ans. Il était au moment où les impressions sont fortes et définitives.