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MAMELI

Le coup reçu dans la Calabre eut un contre-coup dans l’âme du jeune enfant. Mameli devint poète, par la grâce des deux martyrs, et il naquit de leur mort.

Génération mystérieuse, dont l’Italie, plus qu’aucun peuple, nous présente des exemples Une parenté intime, une hérédité sublime, s’établit entre les hommes qui ne se sont jamais vus. La mort, ici, est féconde autant que l’amour. Deux Vénitiens, immolés en Calabre, renaissent par toute l’Italie, et se créent, de l’Etna aux Alpes, une grande postérité.

Tout le monde se rappelle le frémissement d’horreur et d’admiration qu’éprouva toute l’Europe, à la nouvelle de la mort des Bandiera. Ce n’étaient pas les premiers martyrs que l’Italie donnait à la liberté. Mais, ici, il y avait eu une chose extraordinaire.

Ceux-ci savaient parfaitement qu’ils ne réussiraient pas. Leur entreprise était connue d’avance, et, depuis longtemps, leur secret dans les mains de tout le monde. L’Autriche même les priait de ne se perdre en vain. Leur mère vint, désespérée, les conjurer de s’abstenir, et se roula à leurs pieds. La jeune épouse de l’un d’eux eut la magnanimité de n’essayer rien pour les arrêter ; il n’en était pas moins sûr que, lui mort, elle mourrait. Quelle fureur de mourir était-ce donc ? Leurs amis en étaient étonnés, presque indignés. Tout le monde les détournait.

Et tout le monde se trompait, et eux seuls avaient raison. Leur intime et profonde pensée était que la terre d’Italie avait soif, qu’il y avait trop de temps qu’elle n’avait bu la sainte rosée qui la maintient féconde, et que l’âme italienne, abattue, défaillante,