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ÉMANCIPATION DES FEMMES

d’un sermon au milieu des filles… Mais non, l’assemblée est plus grave, je reconnais nombre de gens de lettres, d’académiciens : au pied de la tribune, je vois M. de Condorcet.

L’orateur, est-ce bien un prêtre ? De robe, oui : belle figure de quarante ans environ, parole ardente, sèche parfois et violente, nulle onction, l’air audacieux, un peu chimérique. Prédicateur, poète ou prophète, n’importe, c’est l’abbé Fauchet. Ce saint Paul parle entre deux Thécla, l’une qui ne le quitte point, qui, bon gré, mal gré, le suit au club, à l’autel, tant est grande sa ferveur ; l’autre dame, une Hollandaise, de bon cœur et de noble esprit, c’est Mme Palm Aelder, l’orateur des femmes qui prêche leur émancipation.

Ces vagues aspirations prenaient forme arrêtée, précise, dans les doctes dissertations de l’illustre secrétaire de l’Académie des Sciences. Condorcet, le 3 juillet 1790, formula nettement la demande de l’admission des femmes au droit de cité. À ce titre, l’ami de Voltaire, le dernier des philosophes du dix-huitième siècle, peut être légitimement compté parmi les précurseurs du Socialisme.

Mais, si l’on veut voir les femmes en pleine action politique, il faut, du Palais-Royal, aller un peu plus loin dans la rue Saint-Honoré. La brillante association des jacobins de cette époque, qui compte une foule de nobles et tous les gens de lettres du temps, occupe l’église des anciens moines ; et, sous l’église, dans une sorte de crypte bien éclairée, donne asile à une société fraternelle d’ouvriers auxquels, à certaines heures, les jacobins expliquent la Consti-