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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

salons de la Liégeoise, fréquentés par des hommes comme Sieyès et Pétion. C’est dire assez que Théroigne, quelle que fût sa position douteuse, n’était nullement une fille.

Les jours entiers, elle les passait à l’Assemblée, ne perdait pas un mot de ce qui s’y disait. Une des plaisanteries les plus ordinaires des royalistes qui rédigeaient les Actes des apôtres, c’était de marier Théroigne au député Populus, qui ne la connaissait même pas.

Quand Théroigne n’aurait rien fait, elle serait immortelle par un numéro admirable de Camille Desmoulins sur une séance des Cordeliers. Voici l’extrait que j’en ait fait ailleurs :


« L’orateur est interrompu. Un bruit se fait à la porte, un murmure flatteur, agréable. Une jeune femme entre et veut parler… Comment ! ce n’est pas moins que mademoiselle Théroigne, la belle amazone de Liège ! Voilà bien sa redingote de soie rouge, son grand sabre du 5 octobre. L’enthousiasme est au comble. « C’est la reine de Saba, s’écrie Desmoulins, qui vient visiter le Salomon des districts. »

« Déjà elle a traversé toute l’Assemblée d’un pas léger de panthère, elle est montée à la tribune. Sa jolie tête inspirée, lançant des éclairs, apparaît entre les sombres figures apocalyptiques de Danton et de Marat.

« Si vous êtes vraiment des Salomons, dit Théroigne, eh bien, vous le prouverez, vous bâtirez le Temple, le temple de la liberté, le palais de