Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/131

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suivrons l’histoire de notre littérature d’après ses productions et dans l’ordre où ils se présentent.

Le plus ancien monument écrit a été découvert accidentellement à Prague, il y a quelques années. C’est un fragment d’un poëme composé au ixe siècle ; on y raconte une histoire mythique de cette époque, où les Lechs et les Czechs se sont établis au milieu des Slaves. Réimprimé en quatre pages, ce petit fragment jette quelque jour sur plusieurs questions historiques, juridiques et philologiques ; il a pour titre le jugement de Libussa. Le sujet du poëme est la querelle entre deux guerriers, deux frères de race étrangère aux Slaves ; le différend est jugé par cette princesse dont parlent tant les traditions bohêmes et polonaises.

Ce qui frappe tout d’abord dans ce poëme, c’est la perfection du style. Il est contemporain des serments de Charles-le-Chauve et de Louis-le-Germanique, lesquels sont les plus anciens monuments de la langue française. Mais ces serments ne peuvent être compris aujourd’hui des français, tandis que tout Polonais, tout Bohême, lit avec facilité le jugement de Libussa. Dans les monuments français ce n’est encore ni le dialecte du Midi, ni celui du Nord qui est employé ; mais une langue informe et barbare, fille d’une latinité corrompue. Dans la composition slave, au contraire, le style est correct et pur, le mètre sévèrement conservé, la grammaire régulière. Il est tels vers qui peuvent passer pour des modèles de simplicité et de grâce ; en un mot, c’est une langue déjà toute formée.