Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/140

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flammés, j’entonne pour vous ce chant du fond de la vallée, du fond de mon cœur, et dans mon cœur il n’y a que douleur.

» Notre bon cher père s’est en allé chez les ancêtres, ayant abandonné ici ses petits enfants et ses chères compagnes, il n’a laissé aucun chef, il n’a dit à aucun de nous : Frère, parle aux autres avec des paroles paternelles.

» L’étranger envahit violemment son héritage ; dans une langue étrangère, il nous donne des ordres. Comme nous vivons dans la terre étrangère, il faut que nos femmes et nos enfants vivent de même ici ; nous n’aurons qu’une seule épouse pour compagne depuis le printemps jusqu’à la mort.

» Ils ont chassé de nos bois tous les éperviers sacrés et ils nous imposent les dieux que l’on adore dans la terre étrangère ; il nous faudra courber la tête devant eux, il nous faudra leur sacrifier. Nous n’oserons plus frapper nos fronts devant nos anciens dieux. Qui leur portera à manger à la brune, là où nos pères venaient les nourrir et leur parler ? L’étranger abattu tous les arbres, a brisé tous les dieux. Ah ! toi, Zaboï, tu chantes de cœur à cœur, le chant de douleur, comme le vieux Lumir qui, avec la puissance du chant et de la parole, ébranlait le château de Wyszehrad et tous les pays d’alentour, ainsi tu nous remues, moi et mes frères. Ah ! les dieux aiment un vaillant poëte ! Chante ! chante toujours, les dieux t’ont donné le chant terrible à l’ennemi, pour que tu le mettes dans nos cœurs.