Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/141

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» L’œil de Slavoï brûle d’un feu étrange, Zaboï le voit et poursuit son chant.

» — Deux garçons, dont la voix éclatait déjà comme celle des hommes, courent vers la forêt ; là avec l’épée, avec le marteau, avec le javelot, ils exercent leurs bras. Longtemps cachés, ils revinrent avec joie ; mais quand leurs bras ont acquis des forces et que leur esprit a grandi en audace ; ils vont tomber alors sur leurs ennemis, comme la foudre d’un orage ; ils retourneront ensuite sous leurs toits domestiques, et dans nos terres reviendra le bonheur, le bonheur d’autrefois. » —

» Alors tous s’élancent vers Zaboï et le pressent dans leurs bras, sa main passe à la ronde de poitrine en poitrine, ses paroles s’unissent aux paroles. La nuit passe, l’aurore est déjà proche, et du fond de la vallée ils se répandent de tous côtés vers chaque arbre, vers chaque arbre de la forêt. Et le premier jour s’est écoulé, et le second jour s’est écoulé ; mais dès que la nuit vient obscurcir le troisième jour, Zaboï s’enfonce dans la forêt, et avec lui les guerriers. Slavoï s’enfonce dans la forêt, et avec lui les guerriers. Ils marchent silencieux, le cœur de chacun attaché à son chef, le cœur de chacun obstiné contre le roi, les armes de tous levées contre le roi.

» — O Slavoï, ô mon frère, là vers le sommet bleu de la montagne, vers le sommet maître de tout ce pays, dirigeons nos pas. Là haut, vers le sommet, vers le soleil levant est une forêt sombre ; là nous nous donnerons les mains, cours-y à pas de renard ; j’y marcherai de mon côté.