Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/192

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pliquait ses doigts poétiques sur les cordes de sa lyre, et les cordes vivantes résonnaient en glorifiant le héros.

» Commençons donc, frères, ce récit depuis l’ancien Wladimir jusqu’à notre Igor, lequel, s’étant serré l’âme avec force, aiguisa son cœur avec le courage, et rempli de l’esprit belliqueux, investit avec son armée la terre des Polovcs, pour venger les terres russiennes. »

Après cette introduction, le poëte raconte la marche à travers les steppes.

« En ce temps-là, Igor leva les yeux vers le soleil et vit que le soleil couvrait d’ombre toute son armée, et Igor dit à ses compagnons : Frères et compagnons, mieux vaut pour nous être hachés que d’être enchaînés ; ô frères, à cheval ! Allons voir un peu le Don bleu ! Le courage redresse l’esprit du prince et se met entre lui et les sinistres présages. Il sent l’avant-goût de l’eau du Don. Car, je veux, dit-il, rompre des lances au-delà des terres des Polowcs. Ou j’y coucherai ma tête, ou je boirai le Don avec mon casque.

» Boïan, rossignol des temps anciens, oh ! si c’était toi qui pouvais chanter cette expédition, sautant comme un rossignol de branche en branche sur la terre, avec ton esprit tu t’élèverais vers les cieux, réunissant les deux cordes de la gloire ; toi qui as chanté le grand Boïan, tu chanterais aussi son descendant Igor. »

Puis vient le premier tableau du mouvement de l’armée russienne :