Page:Mickiewicz - Les Slaves, tome 1.djvu/92

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reste que leur langue, dont la formation et l’élaboration ont demandé toutes leurs forces, toutes leurs facultés. C’est un trait caractéristique que cette absence de tout autre monument, que cette concentration vers un seul but. Si dernièrement les travaux des frères Grimm sur l’allemand ont produit des découvertes précieuses pour le germanisme, si M. Michelet a aussi parfois trouvé dans l’étude du français l’explication de l’histoire législative de la France, il est à croire que l’étude du slave offrirait des richesses bien plus grandes encore ; ear tout le travail intellectuel des Slaves n’a enfanté qu’un seul monument, leur langue, tandis que pour les autres pays la langue n’est qu’une partie du fruit de leurs travaux. Aussi ancienne que celle des Indous et des Germains, cette langue slave est encore vivante dans la bouche de 80 millions d’hommes, phénomène unique, extraordinaire. Lorsqu’il s’agit d’examiner une étymologie, on n’est pas obligé de recourir à la lettre morte, on peut interroger la lettre vivante, on en peut consulter, pour ainsi dire, la vivace physionomie. Langue essentiellement homogène, elle repousse tout élément qui ne lui est pas propre ; il s’y est bien glissé quelques mots d’origine étrangère, ce qui était inévitable ; mais ils ont été bientôt absorbés ou modifiés complètement.

En remontant jusqu’à la source des mots slaves, et en les suivant jusqu’en leurs dérivés les plus éloignés, on retrouve partout un lien visible, une unité grammaticale et logique. Chacun de ces mots peut, à travers les modifications qu’il a subies, nous conduire des temps les plus reculés jusqu’à nos jours. On croirait