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INTRODUCTION.


mœurs ; mais elle ne peut être regardée comme appartenant à la morale, qu’en tant qu’elle est consacrée et regardée comme étant bonne, sainte, conforme a la sagesse. Dans le christianisme il y a une infinité d’abus contre lesquels les moralistes ne cessent de s’élever il faut nécessairement les regarder comme immoraux et placés en dehors de la morale. Mais chez les païens il y avait des usages regardés comme bons et légitimes, qui violaient les plus saintes lois. Ainsi Sextus Empyricus rapporte que dans plusieurs contrées de l’Egypte, les femmes pouvaient se prostituer elles-mêmes, non-seulement sans se déshonorer, mais même avec gloire, la prostitution étant regardée comme quelque chose d’honorable et de glorieux. Nous avons déjà dit ce qu’étaient les mœurs des Grecs dans leurs fêtes religieuses. Eusèbe observe que les crimes les plus horribles contre nature ne déshonoraient personne, pas même les sages. Les mêmes vices régnaient chez les Romains, sans exciter plus de réprobation.

Saint Paul avait donc raison de citer, pour premier trait dans la peinture qu’il nous fait de l’étonnante corruption des païens, cette abomination énorme et commune, non-seulement parmi le peuple, mais encore parmi les grands et les philosophes. Il ne fallait pas moins qu’une loi divine, fortifiée de l’autorité de Dieu même et des menaces les plus terribles, pour détruire ces vices affreux, malgré la force d’une coutume invétérée, d’un exemple imposant et d’une philosophie d’autant plus imposante qu’elle était l’organe des passions.

De l’influence de la philosophie sur la morale des païens.

XXIV. Il est incontestable que la philosophie eut une très-grande influence sur la morale. Souvent cette inlluence fut heureuse. Aussi la philosophie a-t-elle reçu de trèsgrands éloges de la part des hommes éclairés. Cicéron dit qu’elle forme le cœur et l’esprit de l’homme, qu’elle déracine les erreurs et les vices qu’elle est la médecine de l’âme, qu’elle la guérit de toute affection déréglée, que si nous voulons être bons et heureux, elle nous fournira tous les secours dont nous avons besoin pour persévérer dans la vertu et dans la vie heureuse (Tuscul.).

Ces éloges sont grands ; à quelques égards ils n’ont rien d’exagéré. Les philosophes de l’antiquité parlèrent de la vertu avec toute la vivacité de l’enthousiasme comme ils flétrirent hautement le vice et firent connaitre les maux dont il est la source. Doit-on pour cela conclure que la philosophie présentait une règle bien sûre de morale ? Ce serait une grande illusion de se le persuader. Avant de déduire nos conséquences, expo’sons d’abord les principaux systèmes de la philosophie relativement à la morale. Le premier système est celui d’Epicure. Il a eu un très-grand nombre de partisans. JI adopta pour principe fondamental cette maxime affreuse, admise par d’autres sectes philosophiques Qu’il n’y a en soi ni bien ni


mal, ni vice ni vertu. Il ne prétendit pas moins conduire l’homme à la pratique du bien par cette seule règle de conduite L’homme doit rechercher le bonheur. Or, tout le bonheur de l’homme consiste dans la santé du corps et dans la tranquillité de l’esprit. De cette maxime il tirait pour conséquences que l’homme doit être ami de la tempérance et de la justice qu’il doit fuir l’ambition, la colère, l’adultère, parce que tout cela est propre à porter atteinte au bonheur. Il recommandait de cultiver l’amitié qui est une source de félicité. Tel est le fameux système d’Epicure qui a eu une si grande célébrité, et qui ne s’est pas renfermé dans les termes que son auteur voulut lui donner. Car les amis de la bonne chère, des plaisirs les plus vifs, ont reçu le nom d’épicuriens. Les conséquences furent terribles. Les Cyrénaïques prêchèrent les voluptés les plus honteuses ils y trouvaient leur bonheur, que pouvait-on leur dire ?

XXV. Les académiciens, les péripatéticiens, les stoïciens passaient pour d’excellents moralistes. Montesquieu exalte beaucoup la sagesse des stoïciens. « De toutes les sectes philosophiques, dit-il, il n’y en a jamais eu dont les principes fussent plus dignes de l’homme et plus propres à former les gens de bien, que ceux des stoïciens, et si je pouvais un moment cesser de penser que je suis chrétien je ne pourrais m’empêcher de mettre la destruction de la secte de Zénon au nombre des malheurs du genre humain… »

Cette école de philosophie avait poussé bien loin les principes de la morale, parce qu’elle avait établie sur son’véritable principe elle reconnaissait que la Divinité est la base de toute législation comme de toute morale ; que tout autre fondement est illusoire et mensonger. De là, les stoïciens déduisaient merveilleusement les règles des mœurs et les principes de la perfection. Ce serait cependant une très-grande erreur de se persuader que leurs écoles de philosophie présentaient une morale pure. Nous allons relever quelques-uns de leurs principes, et pour qu’on ne croie pas que nous avons été les puiser dans les livres de quelques disciples obscurs, nous choisirons ceux des maîtres. Platon, Socrate, Aristote, Cicéron, Plutarque passent à juste titre pour les plus grands moralistes du paganisme. Leurs principes sont cependant loin d’être purs. Platon méconnaît le droit des gens. Il prétend que tout est permis à l’égard des barbares. Il dispense les femmes de toute pudeur ; il veut qu’elles soient communes et que leurs laveurs servent de récompense à la vertu. Il établit que les femmes à quarante ans et les hommes à quarante-cinq pourront suivre leurs appétits brutaux sans frein et sans règle, et que s’il naît quelques enfants de ce commerce, ils seront mis à mort. (De Republ. lib. v).

Aristote ne blâme pas la morale de Platon il approuve la vengeance et regarde la douceur comme une faiblesse. Cicéron parle de