Page:Mirbeau - L’Épidémie.djvu/15

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LE DOCTEUR TRICEPS

Nullement… En ma qualité de médecin et de savant, je sais ce que je dis… et vous m’accorderez que ces questions me sont familières… Eh bien ! je dis que tout cela est singulièrement arbitraire et antiscientifique au premier chef… D’abord les viandes pourries…

PREMIER CONSEILLER

En avez-vous mangé ?

LE DOCTEUR TRICEPS

Parfaitement !… J’en ai mangé bien d’autres !… Et vous voyez que je ne m’en porte pas plus mal !

UNE VOIX

Bravo !

LE DOCTEUR TRICEPS

Il faudrait pourtant s’entendre une bonne fois !… Non seulement je ne crois pas à la nocuité de la pourriture : je lui crois au contraire des propriétés stomachiques de premier ordre… oui… oui… comprenez-vous ? D’ailleurs, pourquoi la pourriture est-elle reconnue louable chez la bécasse et criminelle chez le bœuf ?… C’est idiot !… Toutes les pourritures doivent être égales devant la loi !

DEUXIÈME CONSEILLER

Évidemment !…

LE DOCTEUR TRICEPS

En présence d’une aussi étrange anomalie, j’ai donc le droit d’affirmer que le procès intenté à notre honorable collègue Barbaroux n’est pas autre chose qu’un procès de tendance !… Et je ne parle pas des entraves qu’il apporte à la liberté du commerce… Diable ! Du reste, je