Page:Mirbeau - La Pipe de cidre.djvu/13

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Un gendarme


J’ai été élevé dans le respect du gendarme et, je puis le dire, le gendarme fut ma première conception de la société. Simple d’ailleurs, comme toutes les belles choses, cette conception gendarmesque et sociale. D’un côté, le voleur ; de l’autre côté, le gendarme, le gendarme héroïque et paternel, abritant sous son grand manteau tous les braves gens du bon Dieu, et les défendant de son grand sabre : car tout était grand dans le gendarme, l’arme, l’homme et le rôle. Je n’imaginais rien au-delà. Né dans un petit village inconnu des Guignols, je n’avais pas été perverti par les dialogues démoralisants, par les conseils de révolte que soufflent aux enfants de Paris les marionnettes dominicales. Si, plus tard, au collège, sollicité par les hautes pensées qu’inculque aux jeunes cerveaux le commerce assidu du latin, j’avais eu à allégoriser la société, en une composition