Page:Mirbeau - La Pipe de cidre.djvu/158

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Le tambour


Saint Latuin était — et il est toujours, j’aime à le croire — le patron vénéré de notre paroisse. Premier évêque de Normandie, au premier siècle de l’ère chrétienne, il avait chassé du pays percheron, à coups de crosse, les druides, sacrificateurs de sang humain. On raconte, dans des livres très anciens, que son ombre, seule, guérissait les malades et ressuscitait les morts. Il avait encore des pouvoirs bien plus beaux, et pareils, j’imagine, à ceux que possédait le révérend père Mounoir, lequel, par une imposition de ses mains sur les lèvres des étrangers, leur inculquait immédiatement le don de la langue bretonne, ainsi que cela est figuré sur une fresque de Ian-d’Argent, sur les murs de la cathédrale de Quimper. De ces merveilleux pouvoirs de saint Latuin, je ne me souviens plus guère, bien que mon enfance en ait été bercée. Mais tout cela est un peu