Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/140

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Je lisais, ces jours derniers, un fort beau livre : Un caractère, de M. Léon Hennique. C’est l’histoire d’un gentilhomme né pendant la Révolution, mort de nos jours, d’âme fière, de cœur tendre, de sensibilité délicate, qui conserve, purs de toute pénétration moderne, les croyances de sa jeunesse, les préjugés de sa race, et dont la vie intérieure, troublée, meurtrie, se déroule pathétiquement, à travers le siècle. Du fond du château où l’enferma la douleur, où le retient la hantise de sa femme morte, en pleines joies d’amour, et revivante en lui âme et chair, par la tension continue des regrets, par la mystique hallucination des souvenirs ; du fond de ce château, par lui peuplé de mille richesses des temps disparus, où s’avive son culte, où se fortifie sa fidélité, il voit passer le siècle : les dynasties, les révolutions,