Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/141

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les modes, les progrès, les batailles, les œuvres, les hommes. Et tout cela passe, se succède parallèlement à lui, sans que jamais il s’y mêle, sans que rien vienne le distraire de sa solitude, cela passe dans l’effacement, dans le raccourci de choses lointaines, de figures voilées, avec la presque intangibilité des fantômes.

Tel est, dépouillé de ses épisodes essentiels, de ses détails charmants ou douloureux, de sa riche parure d’art, ce très curieux livre. Il représente une somme considérable d’efforts, dénote une peu commune intelligence, l’habitude des pensées graves, des hautes spiritualités, l’amour du grand, du tendre, de l’inconnu, qui est dans la vie. Le style en est délicatement ouvragé, amoureusement ciselé — pas simple, non, mais ramené à l’expression suggestive, au verbe profond — et puissant aussi dans son élégante harmonie, évocateur dans son mystère, inquiétant, parfois. Une œuvre rare, enfin, où sont d’admirables pages, et comme il en paraît peu dans le cours d’une année.

Eh bien, cela est très mélancolique à dire, ce livre est passé presque inaperçu, de même que, l’an dernier, Pœuf, ce petit chef-d’œuvre de grâce et d’émotion, qui restera, malgré le dédain de la critique, l’un des plus attachants, l’un des plus exquis récits de ce temps. Pourtant M. Léon Hennique n’est plus un inconnu dont la découverte soit à faire. Ce n’est point