Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/92

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l’esprit des boulevardiers. On peut très facilement effacer une condamnation pour vol ; on ne se lave jamais d’une réputation de provincialisme. C’est une tare indélébile. Or il ne faut pas se dissimuler qu’il existe en France plus de trente-quatre millions de gens indélébilement tarés : situation morale qui doit réjouir l’étranger, ainsi que disent les graves écrivains qui dissertent, chaque jour, sur les événements européens.

Ce mépris et cette redoutable division ethnographique, on les doit à M. Nestor Roqueplan, qui est resté un dieu dans le monde où l’on vaudevillise. Ce M. Nestor Roqueplan, qu’on nous représente toujours, dans les mots de la fin, comme le raffinement intellectuel, et aussi comme le virtuose passionné, génial et charmant, du scepticisme, croyait au Parisien. En distillant sa philosophie, il avait découvert une mystérieuse substance qui faisait du Parisien un être d’exception, et qu’il vendait aux badauds, enfermée dans des flacons de parfumerie, sous l’étiquette de « Parisine », et comme recette contre le provincialisme. Pour M. Nestor Roqueplan, en dehors de Paris et de sa parisine — hommes, bêtes et choses — rien n’existait. Ou, si cela existait, c’était à un tel état de vie obscure, de vie embryonnaire, qu’on pouvait affirmer que, réellement, ça n’existait pas. Quand il rencontrait un ami, il lui demandait : « Connaissez-vous rien de plus bête qu’un marronnier ? » Et l’ami, qui était généralement M. Gustave