Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/98

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Elle arrive déjà pour des hommes que nous avons connus, que nous avons aimés, et qui nous semblent morts d’hier, à peine, tant ils sont mêlés encore à nos disputes quotidiennes, à nos passions et à nos rêves ; elle arrive sans tout ce cortège aveuglant des camaraderies complaisantes et des intérêts farouches, sans tous ces mirages et tous ces mensonges, dont se fabriquent le succès des uns et le martyre des autres. Mais elle ne dresse pas que des apothéoses. Si elle ouvre, toutes grandes, les portes de lumière, à ceux-là qui furent dédaignés ou honnis, étant d’esprit trop libre et d’âme trop fière pour ce public d’esclaves que nous sommes, elle rend aussi plus pesante la nuit du cercueil et plus profond l’oubli à ceux qui, de leur vivant, virent l’éphémère monde lauréer leur front chétif. On a beau multiplier les monuments