Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/383

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Et la tête au ras du foyer, il soufflait dans les cendres qui s’envolaient et retombaient en pluie blanchâtre autour de lui. Alors, en face, j’aperçus, sur une table toilette, un rasoir…

Non, je n’oublierai jamais ce qui se passa alors, et je me demande encore si tout cela n’est point un affreux cauchemar.

M’emparant du rasoir, d’un bond, je m’étais précipité sur mon camarade que je renversai tout à fait et que je pris à la gorge, d’une étreinte furieuse des mains. Lui, se débattait, s’écriait à travers un râle étranglé :

— Georges, voyons, Georges, tu es fou. Finis donc !

D’un coup de rasoir, je lui coupai la tête, et le tronc, d’où un flot de sang s’échappait, gigota quelques secondes sur le parquet. Moi, si faible tout à l’heure, moi qu’un enfant, d’une poussée de ses petits bras, eût jeté par terre, je me sentais dans tous les membres une force invisible. En ce moment dix gendarmes seraient venus au se-