Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/430

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tres qui semaient, s’enfuirent, effarés ; des ouvriers qui, tout près de là, travaillaient dans une briqueterie, se blottirent, tremblants, derrière de hautes bourrées. « À l’assassin ! » En un instant, la campagne fut abandonnée, aucun être vivant ne se montra sous le ciel indifférent. Et je vis passer dans le chemin, une femme affolée, toute rouge de sang, que poursuivait un homme, brandissant un grand couteau… Alors, la femme épuisée tomba : « À l’assassin ! » Puis ce fut un râle, un râle étouffé, un râle, qui bientôt se perdit, dans le murmure du ruisseau voisin, puis rien…

Quand on crie : « À l’assassin ! » personne n’accourt. Les passants filent plus rapidement et s’éloignent ; les gens couchés au chaud, dans leur lit, s’enfoncent plus moelleusement sous leurs couvertures ; aucun ne se dérange de sa route, si ce n’est pour se cacher derrière un arbre, une broussaille, un repli de terrain. Que se passe-t-il, après tout, et pourquoi s’en émouvoir ? C’est un