Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/431

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homme qu’on égorge, une femme qu’on saigne, un enfant qu’on étrangle ! Du sang rougit la terre, du sang que la voirie le lendemain effacera. Laissons donc passer la justice du crime. L’ombre n’est-elle pas faite pour que les couteaux y reluisent ? Et si la nuit est si noire, n’est-ce pas pour couvrir d’un voile protecteur le meurtre qui rôde ? Il n’y a pas de solidarité humaine devant la vie menacée. Qu’ils crient donc à l’assassin ! les assassinés ; que, sur le pavé des rues, et le gravier des routes, et le tapis des chambres closes, ils se tordent et qu’ils râlent ! Dormons, nous autres, qu’aucun danger ne menace, et que ce soit le cahot lointain des voitures, l’aboi des chiens ou le tic-tac des pendules qui, seuls, répondent aux appels désespérés de ceux-là qui vont mourir.

Mais un autre cri retentit : « Au feu ! au feu ! » Et l’on voit des flammes qui montent vers le ciel, et l’on entend le fracas des murs qui croulent, des toitures qui s’ef-