Page:Mirbeau - Lettres de ma chaumière.djvu/437

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ton inépuisable poche, j’aurai de belles femmes, de belles terres, et de la considération, s’il te plaît, par dessus le marché. Et si tu n’es pas contente, eh bien ! je te rosserai, ma mie, avec le bâton que voilà.



Dans une auberge.

Premier mendiant. — D’où viens-tu ?

Deuxième mendiant. — De la prison. J’avais volé un homme très riche. Cet homme m’a surpris au moment où je forçais sa caisse. Je pouvais le tuer, j’ai respecté sa vie. Alors, on m’a jeté entre quatre murs humides, où je n’ai pas respiré l’air, où jamais je n’ai vu le ciel. Je ne sais plus ce que c’est que le parfum d’une fleur, le chant d’un oiseau, le sourire d’une femme. Pour apaiser ma soif, on m’a donné de l’eau croupie ; pour faire taire mon ventre, du pain dur et, de temps en temps, un rata im-