Page:Mirbeau - Sébastien Roch, 1890.djvu/35

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ou bien au bord de la rivière, lorsqu’il suivait les jeteurs d’épervier, et que, les bras nus, ses culottes retroussées au-dessus des genoux, il soulevait, dans les endroits peu profonds, les pierres sous lesquelles dorment les écrevisses. Quel crève-cœur, pour lui, que d’entendre de sa chambre, ou du fond de l’arrière-boutique, les cris connus de ses camarades, partant en maraude, qui semblaient l’appeler.

Parfois, il se réfugiait au jardin, situé en dehors du bourg, près du cimetière. Là non plus, il ne pouvait goûter un seul instant le repos cherché. L’absence des belles fleurs, des arbres ombreux, l’ennuyeux dessin des plates-bandes, l’absurdité des ornementations artificielles que la fantaisie horticole du quincaillier avait prodiguées partout, lui rappelaient involontairement les lourdes apostrophes, les écrasantes prosopopées, l’incontinence, l’incohérence de cette rhétorique, à laquelle il avait cru se soustraire et qu’il retrouvait décuplée dans le silence des choses. Et puis le voisinage des cyprès, dont les cônes noirâtres dépassaient les murs, les croix funèbres, montrant çà et là leurs bras chargés de couronnes, ajoutaient, à cette obsession domestique, un malaise aigu. Après avoir fait deux fois le tour des allées, entre les bordures de buis que décoraient des coques d’escargot, peintes de couleurs vives et figurant alternativement des losanges et les initiales J. R. emmêlées, il rentrait plus mécontent, plus perplexe, en proie à de pénibles dégoûts.

Chaque jour, après le déjeuner, il allait aussi chez sa tante Rosalie : un autre supplice auquel