Page:Montaiglon - Recueil général et complet des fabliaux des 13e et 14e siècles, tome I.djvu/120

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FABLIAU V

Ne savez s’il est à mon vuel. »
Adonc ot li pères tel duel,
Por poi que li cuers ne li criève.
Si foibles comme il est, se liève ;
Si s’en ist de Tostel plorant :
« Filz, fet-il, à Dieu te commant.
Puisque tu veus que je m’en aille,
Por Dieu me done une retaille
D’un tronçon de ta sarpeillière,
Ce n’est mie chose moult chière,
Que je ne puis le froit soufrir.
Je le te demant por couvrir,
Que j’ai robe trop poi vestue ;
C’est la chose qui plus me tue. »
Et cil, qui de doner recule,
Li dist : « Pères, je n’en ai nule.
Li doners n’est or pas à point ;
À ceste foiz n’en aurez point,
Se on ne me le tolt ou emble.
— Biaus douz filz, toz li cuers me tramble,
Et je redout tant la froidure ;
Done moi une couverture
De qoi tu cuevres ton cheval.
Que li frois ne me face mal. »
Cil, qui s’en bée à descombrer.
Voit que ne s’en puet délivrer
S’aucune chose ne li baille ;
Por ce que il veut qu’il s’en aille,
Commande son fil qu’il li baut.
Quant on le huche, l’enfes saut :