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démêlés du comte de montaigu

ques eut à subir, ou plutôt des égards qu’il exigeait et qui ne lui furent pas tous rendus.

Disposer d’une gondole particulière [1] paraissait à Rousseau une chose indispensable ; s’asseoir sur une chaise à son bureau constituait pour lui un maintien peu décent. Prendre ses repas avec les gentilshommes et les pages de l’ambassade lui semblait une action déshonorante, et il se révoltait en ne voyant pas servir une volaille à son souper : un service d’étain qui avait coûté 239 francs (monnaie du temps) était pour lui de la vaisselle de cuisine. Peut-être se rappelait-il avec regret le temps où il pouvait détourner chez M. de Mably de ce petit vin d’Arbois dont il faisait ses délices, le soir, dans sa chambrette ! Enfin, malgré ses aspirations démocratiques, il n’aimait pas côtoyer le vulgaire, et quand le comte de Montaigu était en villégiature dans son palais de la Brenta et renonçait à se servir de son secrétaire, celui-ci estimait qu’il n’était pas convenable d’aller à Padoue en voiture publique, moyen de transport tout au plus bon pour les valets.

Forcé de dépenser beaucoup pour me tenir au pair avec mes confrères et convenablement à mon poste, je ne pouvais arracher un sou de mes

  1. Le 19 novembre 1743, le comte de Montaigu écrivait plaisamment à son frère : « Je suis fâché de l’humeur du Sr Rousseau, et je souhaite que son clavessin et sa gondolle charment suffisamment ses ennuys. »