Page:Montfort - Un cœur vierge.djvu/167

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ne s’éparpillait plus, partagée entre le ciel, l’air bleu, la mer : elle se concentrait. Nous étions seuls l’un en face de l’autre, dans une demi-lumière, loin du soleil, loin du grand jour, limités par ces murs de granit qui se refermaient comme un tombeau sur nous, et tout l’univers se réduisait à nous.

Plusieurs jours s’écoulèrent ainsi, en de profondes rêveries, en une existence qui semblait un songe, en un recueillement infini. Quand nous sortions du souterrain, nous vacillions. Nos yeux papillotaient, se fermaient à la lumière. Nos pas étaient incertains. Nous retrouvions la vie avec hésitation, avec appréhension : il nous semblait alors que nous nous éloignions de nos âmes.

Cependant j’avais le sentiment d’un péril ; cette béatitude, cet engourdissement qui, dans la grotte d’émeraude, nous saisissait, me causait des craintes. N’allions-nous pas trop oublier la vie ? Je voulus retourner à la petite