Page:Montfort - Un cœur vierge.djvu/18

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Toussaint Leblanc était assis à la barre, la joue arrondie par sa chique. Je le rejoignis :

— On mettra combien de temps ?… demandai-je.

Il eut l’air de flairer la brise :

— Euh !… on peut rien dire…

— Nous marchons…

— Oui… oui… Et si ça calmit ?…

Après avoir longuement contemplé le ciel pareil à un brasier formidable, la mer en flammes et le globe qui descendait lentement et majestueusement au milieu de toutes les fanfares de sa gloire, j’ouvris mon livre et m’y enfonçai. Je lisais rêveusement tout en écoutant le joli murmure des eaux contre la coque, et je respirais profondément.

Soudainement, la voile claqua. Je levai les yeux. Elle flottait, dégonflée, molle comme une loque. Toussaint dit tout doucement, non pas comme un commandement, mais sans élever la voix ; il dit, entre haut et bas, à peine :