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tion où il n’hésita pas à annoncer officiellement au nom de la Reine le transfert du pays et sa propre élévation au poste de lieutenant-gouverneur. Puis, le 1er décembre, il alla bravement l’afficher en pleine prairie sur la borne internationale, pour le bénéfice des chouettes et autres oiseaux qui pouvaient s’y reposer de temps en temps.

Enfin, non content de ce haut fait, il se rendit avec six compagnons jusqu’au fort de la Compagnie de la Baie d’Hudson, à Pembina, sur le territoire anglais. Il semblait alors dévoré d’une ardeur toute martiale. « J’ai résolu, » écrit-il le lendemain, « d’occuper le poste de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de repousser par la force, s’il est nécessaire, toute attaque d’un parti comme celui qui nous en chassa le 3 novembre »[1]. Et dire que deux semaines après, le pauvre homme devait non seulement quitter sa capitale improvisée, mais même retourner au Canada, désavoué par ceux qui l’avaient envoyé, exécré de la population française dont il avait tenté la perte, et même abandonné des Anglais, qui voyaient maintenant le péril qu’il leur avait fait courir avec ses proclamations illégales et ses manœuvres inavouables !

Cet exploit du pseudo-gouverneur fut célébré par quelque poète de la Rivière-Rouge, dans une chanson pleine de sel gaulois dont je regrette de ne pouvoir citer que le premier couplet, d’après l’abbé Dugas.

De Macdougall, amis, chantons la gloire,
C’est un héros digne d’un meilleur sort ;
Aujourd’hui même il a gagné victoire
En combattant contre le vent du nord.
À la faveur d’une nuit sans lumière
Il a voulu faire un pas en avant,
Et nous montrer là-bas sur la frontière
Qu’il ne craint pas de s’exposer au vent.

Il fit plus, et si ses bonnes intentions n’eussent excusé à demi l’excessive témérité de sa conduite en cette circonstance, on pourrait à bon droit se demander si la mesure extraordinaire qu’il prit alors n’était point une entreprise criminelle. C’est à la fermeté et à l’infatigable vigilance de Riel qu’on doit de ne l’avoir point vue dégénérer en une effroyable guerre civile. Par une seconde proclamation datée du même jour (1er déc), McDougall

  1. Livre bleu de 1870 (Correspondence relative to the Recent Disturbances, etc.), p. 60.