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qu’à l’issue des négociations avec le Canada qu’il était toujours prêt à entamer.

Cette proclamation fut adressée à tous les pouvoirs qu’elle intéressait et affichée à Winnipeg et ailleurs. Puis on défendit de nouveau l’entrée du territoire à McDougall, et les principaux meneurs encore libres, voyant que le jeune tribun ne badinait point, jugèrent à propos de s’esquiver.

Mais l’espace manque pour le détail des événements qui s’ensuivirent. Mentionnons simplement pour mémoire l’avènement (le 25 déc.) de L. Riel à la présidence qu’un M. Jean Bruce avait jusque-là occupée nominalement ; puis l’arrivée de M. Donald-A. Smith, en qualité de représentant du gouvernement fédéral en vue de traiter avec les métis. Son séjour à la Rivière-Rouge fut l’occasion d’une nouvelle convention, composée cette fois de 40 membres élus en nombre égal par les deux sections de la population. Craignant un piège, et comprenant mieux la situation que les députés anglais, Riel se tint constamment sur la plus grande réserve vis-à-vis de l’étranger. Par moments il dut même se montrer assez autocratique pour empêcher des erreurs regrettables, ce qui lui aliéna la sympathie de ceux qui, par nature plus froids et moins perspicaces que lui, ne pouvaient voir la véritable portée de certaines mesures.

Le résultat principal des séances quotidiennes de l’assemblée fut, avec la reconnaissance du gouvernement provisoire par les deux partis, l’envoi de trois délégués à Ottawa, pour faire admettre une liste des droits définitive, dont la plupart des clauses furent agréées et incorporées dans l’Acte du Manitoba. Cette circonstance parle assez haut en faveur de la légitimité du mouvement de protestation et du savoir-faire de son principal promoteur. Elle aurait dû à elle seule assurer au jeune président la reconnaissance du peuple manitobain tout entier.



Avant d’aller plus loin, qu’on me permette quelques courtes remarques sur le rôle des métis français, qui nous mettront mieux en état de le comparer avec celui d’un blanc qui avait peu auparavant voulu jouer au métier de fondateur de gouvernement.

Il fut longtemps de mode de décrier Riel et son œuvre. La plupart des auteurs anglais ne l’appellent que le « soi-disant pré-