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L’ENVERS DU JOURNALISME

On criait, on trépignait, on ne se possédait plus.

Le travail des journalistes devenait difficile et ils durent demander un peu de silence.

Tout à coup, des cris délirants se firent entendre. C’était assourdissant et émouvant.

« Ce sont les gens du dehors », dit quelqu’un. « Allons donc voir ; il doit y en avoir une foule ! »

Tous ceux qui n’étaient pas occupés coururent aux fenêtres. Ils furent ébahis du spectacle formidable qui s’offrit à eux ; dix mille spectateurs acclamaient avec frénésie la victoire d’un homme politique jouissant d’une grande popularité. Les employés chargés de faire les projections durent faire passer son portrait plusieurs fois sur la toile. À chaque fois, les acclamations montaient. Les innombrables têtes que l’on apercevait dans l’ombre ondulaient avec des mouvements de vagues, éclaboussées par des jets de lumière ; les cannes et les chapeaux s’agitaient au-dessus de cette masse grouillante. L’enthousiasme était spontanée et extraordinaire. C’était une manifestation saisissante de l’emprise qu’a la politique sur les foules.

Le télégraphe fonctionnait toujours et on commençait à pouvoir deviner qui l’emporterait. Vers dix heures, il n’y eut plus de doute possible : ce n’était maintenant que le chiffre de la majorité qui était incertain.

Les nouvelles continuaient d’arriver. Les comtés de la province de Québec s’étaient fort divisés, de même que les provinces maritimes. Ontario con-