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L’ENVERS DU JOURNALISME

velles qui n’avaient pas paru dans les quotidiens de la veille.

En effet, la presse associée ne transmet pas de nouveau aux journaux du soir les dépêches qu’elle a envoyées aux journaux du matin. Les journaux du soir sont donc obligés, pour donner certaines nouvelles à leurs lecteurs, de se servir des journaux du matin.

Le journal français du matin, le « Canada », est aussi mis à contribution. Quand il a les mêmes dépêches que la « Gazette », on se sert de son texte, en prenant soin, toutefois, de faire un peu de démarquage : on change les titres, on modifie les phrases du commencement et de la fin d’un article ; on raccourcit ou on allonge, selon le cas. Et le tour est joué. Le lecteur qui a vu la même chose dans le « Canada » trouve bien que cela a un air de « déjà connu », mais il n’en est pas certain. Quant à celui qui n’a pas lu le « Canada », il se repaît sans arrière-pensée de ces nouvelles de seconde main.

Le travail de découpage, de collage et de démarquage est le premier de la journée ; il sert à donner de la « copie » aux typographes dès leur arrivée, à sept heures et demie, afin que les machines à composer ne demeurent pas inactives. Dorion s’y employait consciencieusement quand Martin entra.

Il eut une exclamation de satisfaction en voyant arriver le premier son nouveau reporter. Il ne félicita cependant pas Martin sur sa ponctualité, estimant qu’il ne fallait pas le gâter en lui faisant des compliments le premier jour.

Le prédécesseur de Martin avait sa place à côté de Dorion, qui le fit asseoir au même pupitre. Ce