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L’ENVERS DU JOURNALISME

En vrai journaliste qu’il était, Bernier lui indiqua en même temps les attributions de chacun et lui expliqua l’organisation du service des nouvelles, le plus important et le plus considérable de tous dans la plupart des journaux.

Les journaux à nouvelles doivent avoir un personnel nombreux et distribué de façon méthodique, afin de n’être jamais pris au dépourvu par aucun événement quelconque. Il leur faut tout prévoir et contrôler en quelque sorte jusqu’à l’imprévu. Dans ce but, chaque homme est chargé de surveiller chaque source possible de nouvelles.

La police, d’abord. C’est là qu’on apprend les meurtres, les enlèvements, les vols sensationnels et les autres crimes dont le récit trouve toujours un bon accueil auprès du gros public amateur d’émotions fortes — et malsaines. …

Lemire et Petit « faisaient la police », comme on dit en langage de journaliste. Ils étaient ivrognes et avaient des instincts assez bas et assez grossiers pour se mêler sans répugnance au monde des criminels et des policiers. Cela leur était d’un grand secours dans leur travail, car le reporter qui a le sens moral trop développé et des goûts trop raffinés n’est pas particulièrement à son aise dans les cercles policiers et en correctionnelle. Lemire avait plus de style que Petit et portait aussi la boisson beaucoup mieux, de sorte que l’un d’eux était presque toujours valide et en état de faire son travail. Quand tous deux étaient sobres, ils faisaient beaucoup de copie et ils écrivaient, à eux deux, des choses capables de faire rougir un cuirassier. Dorion coupait alors dans leur copie et passait le crayon