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L’ENVERS DU JOURNALISME

du travail, une certaine discipline intellectuelle, mais on a souvent aussi un manque d’initiative et de rectitude de jugement qui rend à peu près inapte au corps à corps de la vie réelle.

Heureux celui qui a des maîtres et des protecteurs pour l’éclairer et le guider, et qui n’a pas à subir seul les premiers chocs, à essuyer les mécomptes et à recevoir les meurtrissures quasi-inévitables de l’ignorance et de la confiance aveugle aux prises avec la réalité des choses.

Si celui qui ouvre les yeux sur des horizons nouveaux et qui s’initie à ce qu’on lui a caché ou représenté sous un jour inexact est, comme Martin l’était, placé à un poste d’où il peut observer et analyser les manifestations de la vie sociale ; s’il est en contact avec mille individus divers, qu’il voit en mille attitudes diverses et dans mille circonstances différentes, son émerveillement est grand de lire ainsi, à livre ouvert, le livre à la fois attachant, répugnant et fascinant de la vie.

Car si dans chaque profession, dans chaque métier, dans chaque carrière où on entre, on découvre un coin d’un horizon nouveau, dans le journalisme on embrasse tout l’ensemble d’un seul coup d’œil.

Martin apprenait donc, dans ses rapports journaliers avec ceux qu’il était appelé à rencontrer, une foule de choses qu’il n’avait jamais lues dans les auteurs, dont ses professeurs ne lui avaient jamais parlé et qu’il n’aurait pas crues vraies s’il ne les avait vues et s’il n’avait constaté par lui-même