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L’ENVERS DU JOURNALISME

qu’elles constituent après tout, le plus clair de l’existence humaine et de la vie sociale.

Il apprenait que la bonté se rencontre quelquefois, mais que la méchanceté et l’égoïsme sont les mobiles les plus fréquents des actes humains et que les gens sans scrupule occupent le haut du pavé. À côté de quelques beaux gestes, de quelques actes héroïques, il voyait des plaies sociales que les législateurs et les moralistes seront toujours impuissants à faire disparaître.

Il voyait ces choses et il apprenait cela à son insu et presque malgré lui, rien qu’en se tenant les yeux ouverts sur ce qui l’entourait.

Et s’il ne devenait pas pessimiste, au contact de toutes les misères et de toutes les laideurs qu’il coudoyait, c’est qu’il avait foi quand même à la bonté et à la justice et que son cœur refusait de se laisser souiller.

Martin ne demeurait pas inactif, pendant qu’il se livrait à ces observations, rendues possibles parce qu’il s’était rompu au travail et qu’il avait recouvré cette possession de soi-même et cette liberté d’esprit qui mettent au-dessus de la tâche qu’on accomplit et qui permettent de s’étudier soi-même et d’étudier les autres, même dans les moments où on est le plus absorbé.

Dorion ne l’épargnait pas et lui confiait une foule de corvées tantôt amusantes, tantôt péni-