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NOËLS ANCIENS

éblouissants du sanctuaire ; les constellations néfastes du ciel empesté de Ptolémaïs par l’étoile miraculeuse de Bethléem ; la table de l’orgie par le joyeux Réveillon de Noël : les sept lampes de fer, aux flammes immobiles et pâles comme le visage des sept convives fantastiques, par les douze enfants traditionnels de la famille canadienne-française. Au spectre hideux échappé du sépulcre, remonté de l’abîme, substituez un ange au radieux visage, penché, comme celui de Reboul, sur le bord d’un divin Berceau. Regardez fixement ce fantôme ami, demandez-lui sans crainte sa demeure et son nom. Et l’esprit répondra :

— Je suis Lumière, mon séjour est auprès du Très-Haut dont je chante éternellement la louange : Gloria in altissimis Deo, et in terra pax hominibus bonæ voluntatis !

Et alors tous les sept, c’est-à-dire tous ensemble, nous les convives de la vie humaine, encore assis à son banquet, nous tressaillerons d’allégresse — une allégresse délirante, égale en intensité à cette horreur macabre qui faisait lever de leurs sièges, avec une brusquerie de détente mécanique, les personnages fictifs d’Edgar Poe — tous ensemble émus, frissonnants, effarés — la joie fait peur comme la mort — nous écouterons chanter cet Ange dans un silence extatique, « car le timbre de sa voix ne sera plus le timbre d’un seul individu, mais d’une multitude d’êtres, et cette voix, variant ses inflexions de syllabe en syllabe, tombera distinctement dans nos oreilles en imitant les accents connus, familiers de mille et mille amis disparus, » qui chantaient avec nous autrefois sur la terre, et avec Lui maintenant dans le ciel, les Noëls anciens de la Nouvelle-France.

Un noble poète de l’école contemporaine, Sully-Prudhomme, a écrit ce vers immortel :


Les yeux qu’on ferme voient encore !


J’emprunte l’autorité de son magnifique talent pour dire à son exemple :


Bouches closes chantent toujours !