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NOËLS ANCIENS

Lagacé, [1] Principal de l’école normale Laval. Et je fus confirmé dans cette impression de très noble et très sereine mélancolie inspirée par cette belle composition.

J’ai constaté depuis que ce cantique de mort avait pour ancêtre spirituel le noël deux fois centenaire que nous sommes à étudier, lequel avait lui-même emprunté sa musique à un air de vaudeville écrit au commencement du dix-septième siècle ! Eh bien ! malgré la certitude historique de ce double fait, cette mélodie n’éveille en moi qu’un invincible sentiment de tristesse. Tant il est vrai que les impressions, de personnes ou de choses, d’événements ou de circonstances, reçues dans l’enfance et répétées dans la jeunesse, demeurent vivaces, indélébiles dans la mémoire du cœur et de l’esprit. La mélodie du vieux noël que nous allons écouter ensemble m’a causé l’une des meilleures émotions de ma vie. Son souvenir m’est délicieux à rappeler. Je m’en exagère sans doute la valeur. Cela tient-il à l’influence décisive des mots sur la musique ? Je ne sais. La faute en est-elle à mon imagination ardente, trop émue par les réminiscences personnelles que cette mélodie éveille en moi ? Peut-être. Mais il y a plus. Je crois à l’influence sympathique des airs anciens, airs doux et tendres, jadis aimés, leur beauté fascinatrice m’est irrésistible. Et sur ce point, lecteur, ne partagerez-vous pas mon sentiment ? Le souvenir d’un amour, d’une joie, d’un deuil ne demeure-t-il pas indissolublement attaché à tel ou tel refrain de chanson rieuse ou mélancolique ? Toute une époque même de la vie ne ressuscite-t-elle pas dans la mémoire où se répercute en échos éternels une complainte attendrissante ? Qui ne regrette pas sa jeunesse en écoutant, à l’automne de la vie, une voix étrangère chanter la romance de ses vingt ans ?

Je dois à mes lecteurs d’expliquer comment je sais et prouve que le noël de 1646, publié dans le Recueil de

  1. Aux funérailles de l’abbé Ferland c’était lui qui chantait à l’orgue les stances du cantique de Pellegrin.