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PRÉFACE

tellectuelles. Peut-être aussi, avec une forte dose d’imagination, m’a-t-il été réparti quelques moyens littéraires qui m’eussent permis d’écrire convenablement l’histoire de leurs origines ou de raconter leur découverte avec quelque intérêt. Mais un talent indispensable, un don essentiel me manque absolument : je ne suis pas musicien, bien que je me vante d’être un grand ami de la musique. La passion d’un art ne suppléera jamais à sa connaissance, et son langage demeure pour moi un idiome étranger que j’écoute cependant avec un plaisir infini.

Aux qualités d’endurance et de labeur des archivistes, aux moyens de gymnastique intellectuelle propres aux gens de lettres, il faudrait encore ajouter les aptitudes particulières des musiciens dont l’art subtil et délicat exige un goût sûr, jamais émoussé, une émotion toujours neuve et sincère. Trouvez donc un archiviste-littérateur-musicien, prêtez-lui du style et de la critique, faites en sorte qu’il ait le cœur d’un poète et la tête d’un mathématicien, et ce phénix vous parlera sciemment alors des Noëls anciens de la Nouvelle-France. Voilà pourquoi, n’étant pas ce fortuné diseur, il restera encore à signaler tant et de si jolies choses sur la musique primitive de nos vieux cantiques canadiens-français.

Je sais que le vulgaire prétend que l’on parle toujours bien de ce qu’on aime et l’on m’opposera l’exemple de Pythagore, dont un ami de Platon, Ponticus Héraclidès, nous a rapporté l’aventure. Pythagore, étant un jour allé à Phlionte, en Péloponèse, y rencontra Léon, premier magistrat de la ville, avec lequel il disserta longuement et discourut de savante manière. Émerveillé de son éloquence, Léon lui en demanda le secret, croyant qu’elle se pouvait enseigner comme l’art des rhéteurs. Mais Pythagore lui répondit qu’il n’était pas orateur mais seulement philosophe, c’est-à-dire ami de la sagesse.

Que conclure de cette anecdote ? Rien autre chose que Pythagore était un orgueilleux qui faisait montre d’une