Page:NRF 1909 12.djvu/125

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— existe-t-il, peut-il exister une petite culture ? — avec cette demi-éducation des esprits, le mal est profond : tel l’électeur illettré, fier de son bulletin de vote qui fait de lui l’égal du plus noble esprit (il se contente si aisément de cette égalité), l’écolier se croit l’égal de ceux dont les phrases dansent, dans sa caboche, billes dans un sac... On se prend à songer à des responsabilités…

L’usage que le maître fait des punitions est parfois tristement absurde. Il ne s’est jamais demandé ce qui se passait dans la conscience d’un enfant châtié. Il ne sait pas que le mioche a une conscience, d’ailleurs : celui-ci ne la lui a jamais fait voir...

" Les Républicains n’ont été purs que sous l’Empire : ainsi jamais je ne professai selon mon cœur qu’au temps où j’étais élève." (p. 149). Cela est d’excellente observation. Le plus difficile était de s’en rendre compte : maintenant, qu’attend le magister pour oublier qu’il est magister, et redevenir un homme de trente ans, parlant à des hommes de treize ans ? Mais il n’a vu que la figure " sociale ", si j’ose dire, de chacun de ses élèves. Il ne sait pas isoler un être, le débarrasser de ce qui n’est point lui seul, et l’étudier ainsi. N’y a-t-il donc rien hors le jeu et la classe, la classe et le jeu ? Et vraiment n’ a-t-il su recueillir d’eux que ce qu’ils en livrent, soumis à ces lourdes contraintes : celle du maître, et celle des camarades ? Il réprime la vie individuelle, et s’étonne de ne pas la rencontrer. Son attitude en présence du "mystère", la réponse lamentable qu’il fait à un enfant curieux (p. 128) : inconscient respect de traditions jamais examinées... Un chef, un conducteur d’âmes ? Il prend ses enfants pour des hommes pareils à lui, et s’étonne naïvement à chaque différence. Qu’est-ce qu’on leur apprend donc à l’Ecole Normale ?

On ne peut citer en entier ce chapitre XXIV, intitulé Silence, où la vérité semble aux yeux du maître d’école brusquement se dévoiler. Il est très beau. Il rend inutile presque tout ce que j’ai dit déjà, et qui s’adresse au Thierry d’avant ce chapitre ; mais c’est l’avant-dernier du livre. On comprend d’ailleurs